Société

Côte d’Ivoire : hausse du prix de la viande, le gouvernement cherche la parade

Par ESSOH EmmanuelLe lundi 19 octobre 2026 à 19:21
Côte d’Ivoire : hausse du prix de la viande, le gouvernement cherche la parade

Le prix de la viande progresse en Côte d’Ivoire. À Yamoussoukro, les données de mars 2026 montrent des hausses du bœuf et du mouton. Le gouvernement réunit les acteurs pour trouver des solutions durables

La viande occupe une place importante dans les habitudes alimentaires des Ivoiriens, mais son coût pèse de plus en plus sur le budget de nombreux ménages. Bœuf, mouton ou chèvre : les prix subissent les effets des difficultés d’approvisionnement, de l’augmentation des frais de transport et des perturbations sécuritaires dans certains pays fournisseurs. Face à cette situation, le gouvernement ivoirien veut agir sur les causes du problème plutôt que de se limiter à des mesures ponctuelles.

Le lundi 19 octobre 2026, à Yamoussoukro, le ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat a ouvert un atelier de réflexion réunissant les acteurs de la filière bétail-viande. L’objectif est de dégager des solutions durables pour mieux approvisionner les marchés, maîtriser les coûts et préserver le pouvoir d’achat des consommateurs.

Les chiffres disponibles montrent que la pression sur les prix était déjà perceptible au cours des premiers mois de 2026. À Yamoussoukro, le bulletin régional de l’Agence nationale de la statistique (ANStat) pour mars 2026 relève des augmentations entre février et mars.

Le kilogramme de bœuf avec os est passé de 2 900 à 3 000 FCFA, soit une hausse d’environ 3 %. Pour le bœuf sans os, le prix est passé de 3 345 à 3 500 FCFA, une progression proche de 5 %. La viande fraîche de mouton a connu une augmentation plus importante, passant de 4 500 à 4 870 FCFA le kilogramme, soit près de 8 % en un mois.

Ces données donnent un aperçu de l’évolution des prix sur cette période. Elles ne permettent cependant pas d’affirmer que les mêmes tarifs sont pratiqués aujourd’hui dans toutes les villes ivoiriennes, les prix pouvant varier selon les marchés et les points de vente.

À Abidjan, les tensions sur le prix de la viande avaient également été signalées en juin 2024. Un relevé rapporté faisait état d’un kilogramme de bœuf avec os vendu jusqu’à 3 000 FCFA dans certains points de vente. Le bœuf sans os, quant à lui, pouvait atteindre entre 3 500 et 4 000 FCFA le kilogramme chez certains détaillants.

Ces chiffres, recueillis à des dates et dans des lieux différents, ne constituent pas une comparaison directe. Ils illustrent néanmoins les difficultés récurrentes du marché. Pour les familles, chaque hausse signifie des dépenses supplémentaires ou des arbitrages dans le budget alimentaire.

Pour comprendre cette augmentation, il faut remonter la chaîne d’approvisionnement. Une partie du bétail vendu en Côte d’Ivoire provient des pays sahéliens, notamment du Niger. Or, les difficultés sécuritaires dans la région compliquent les itinéraires habituels et renchérissent l’acheminement des animaux.

Certains convois qui passaient auparavant par le Burkina Faso doivent désormais emprunter des routes passant par le Bénin, le Togo et le Ghana. Ces détours entraînent des distances supplémentaires et des frais de transport plus élevés.

À ces dépenses s’ajoutent les coûts liés à l’entretien des animaux, à leur alimentation et aux différentes opérations nécessaires avant leur arrivée chez les bouchers. Une partie de ces charges finit par se répercuter sur le prix payé par le consommateur.

Les autorités veulent donc mieux comprendre le poids de ces différents facteurs afin de trouver des moyens de limiter les surcoûts. L’enjeu est de sécuriser l’approvisionnement sans faire supporter toute la facture aux ménages.

Parmi les solutions envisagées figure le renforcement de l’élevage national. Selon les données présentées lors des travaux, la Côte d’Ivoire produit près de 60 000 tonnes de viande et d’abats par an. La filière représente environ 5 000 emplois directs et 200 000 emplois indirects.

Pour augmenter les volumes disponibles, les professionnels soulignent plusieurs besoins : faciliter l’accès aux aliments pour animaux, améliorer les soins vétérinaires, mobiliser davantage de financements et renforcer les infrastructures d’élevage.

La transformation et la logistique doivent également être améliorées pour permettre aux producteurs d’acheminer leurs animaux et leurs produits dans de meilleures conditions.

Le gouvernement explore par ailleurs des partenariats techniques internationaux, notamment avec le Brésil, afin de bénéficier d’expériences dans les domaines de l’élevage et de l’agro-industrie. L’objectif est de développer progressivement les capacités nationales et de réduire la dépendance aux approvisionnements extérieurs.

Une production locale plus importante pourrait contribuer à mieux alimenter les marchés. Mais cette évolution demandera du temps et des investissements : produire davantage ne signifie pas automatiquement que les prix baisseront immédiatement.

La manière dont le bétail est vendu fait également partie des pistes examinées à Yamoussoukro. L’Interprofession ivoirienne des petits ruminants (INTERPRU) propose d’expérimenter la vente des animaux au poids, plutôt que de se fonder uniquement sur une estimation visuelle.

Cette méthode permettrait aux acheteurs et aux vendeurs de disposer d’un repère plus objectif pour négocier les transactions. Elle pourrait aussi faciliter l’évaluation des coûts et rendre les échanges plus transparents.

De son côté, Bony Roger, représentant de l’Organisation interprofessionnelle agricole des gros ruminants de Côte d’Ivoire (OIA-GR), a insisté sur la nécessité de mieux organiser la filière, de réduire les charges et d’améliorer la productivité.

Le Groupe de travail de suivi de l’approvisionnement des marchés en animaux et produits animaux (GTSAM), créé en 2023, participe également au suivi de la disponibilité des produits et à la coordination entre les administrations et les opérateurs économiques.

Au terme des discussions, les autorités et les professionnels devront identifier les mesures susceptibles d’améliorer durablement le fonctionnement de la filière. Pour les ménages, l’attente est simple : pouvoir acheter de la viande à un prix plus abordable. Pour les éleveurs, les transporteurs et les commerçants, il faut aussi préserver des revenus suffisants pour continuer à exercer leurs activités.

L’équilibre ne sera pas facile à trouver. Une baisse des prix qui ne tiendrait pas compte des coûts réellement supportés par les professionnels risquerait de fragiliser la filière. À l’inverse, sans meilleure organisation ni transparence, les consommateurs pourraient continuer à subir les conséquences des dysfonctionnements de l’approvisionnement.

Le gouvernement mise donc sur plusieurs leviers complémentaires : produire davantage sur le territoire national, améliorer le transport du bétail, encadrer les transactions et suivre régulièrement l’évolution des prix.