Côte d’Ivoire : le Zézépagnon la tisane au cœur du débat entre recherche scientifique et réglementation sanitaire

Le Zézépagnon fait l’objet de travaux scientifiques en Côte d’Ivoire, alors que l’ AIRP a interdit sa fabrication et sa commercialisation en septembre 2026 faute d’autorisation de mise sur le marché
Le Zézépagnon, une tisane issue de la pharmacopée africaine et présentée par ses promoteurs comme une forme d’immunothérapie naturelle, se retrouve au centre d’un débat mêlant recherche scientifique, santé publique et réglementation pharmaceutique en Côte d’Ivoire. Alors que des travaux de laboratoire cherchent à mieux caractériser ce produit, sa fabrication, sa vente et sa publicité ont été interdites par les autorités sanitaires en septembre 2026, faute d’autorisation de mise sur le marché.
Le lundi 19 octobre 2026, une rencontre de sensibilisation et d’information a été organisée à l’initiative du promoteur du produit, en collaboration avec des scientifiques. L’objectif était de présenter les résultats d’analyses physicochimiques et microbiologiques réalisées sur des échantillons de cette tisane. Cette démarche intervient dans un contexte où les attentes de certains consommateurs se heurtent à une exigence fondamentale : distinguer les premiers résultats scientifiques d’une preuve médicale d’efficacité.
Les travaux évoqués lors de cette rencontre portent notamment sur la composition et la qualité sanitaire des échantillons analysés. Selon les résultats rapportés, les analyses physicochimiques et microbiologiques auraient montré une conformité aux critères de qualité de la Pharmacopée européenne pour les paramètres examinés.
Ces résultats constituent une étape dans la caractérisation du produit. Ils peuvent contribuer à mieux connaître sa composition et à vérifier certains aspects de sa qualité sanitaire. Mais leur portée doit être appréciée avec prudence : une conformité à des critères de laboratoire ne signifie pas automatiquement qu’un produit est efficace contre une maladie ou qu’il peut être consommé sans risque dans toutes les circonstances.
Les recherches mentionnées explorent également un éventuel intérêt du Zézépagnon dans le domaine de la recherche anticancéreuse. À ce stade, toutefois, il convient de ne pas confondre une piste de recherche avec un traitement dont l’efficacité aurait été démontrée chez l’être humain.
Pour établir un bénéfice thérapeutique, des études complémentaires sont nécessaires, notamment pour déterminer les effets du produit, les doses appropriées, les risques d’interactions avec d’autres médicaments et les éventuels effets indésirables lors d’une utilisation prolongée.
En septembre 2026, l’Autorité ivoirienne de régulation pharmaceutique (AIRP) a interdit, sur l’ensemble du territoire national, la fabrication, l’importation, la distribution, la commercialisation et la publicité des produits dénommés « Zézépagnon ».
Le régulateur a justifié cette décision par l’absence d’autorisation de mise sur le marché (AMM), une procédure réglementaire destinée à évaluer les éléments nécessaires avant qu’un produit pharmaceutique puisse être commercialisé dans les conditions prévues par la réglementation.
Cette interdiction rappelle que la présentation d’analyses scientifiques, même favorables sur certains critères, ne remplace pas l’autorisation exigée par les autorités compétentes. La recherche et la réglementation répondent à des objectifs différents : la première vise à produire des connaissances, tandis que la seconde doit notamment protéger les consommateurs et encadrer l’accès aux produits de santé.
La tenue d’une rencontre scientifique autour du Zézépagnon ne signifie donc pas, à elle seule, que l’interdiction a été levée ou que le produit est désormais autorisé à la vente.
Le recours aux plantes médicinales occupe une place importante dans les pratiques de santé en Afrique. Pour de nombreuses personnes, la pharmacopée traditionnelle représente un héritage culturel et une source de solutions potentielles. La recherche scientifique peut contribuer à mieux connaître ces préparations, à identifier leurs composants et à évaluer leurs éventuelles propriétés thérapeutiques.
Cependant, la tradition d’usage d’un produit ne suffit pas à démontrer son efficacité ou son innocuité. Les risques peuvent varier selon la composition, les conditions de préparation, les quantités consommées et l’état de santé des utilisateurs. Les personnes atteintes de maladies chroniques ou suivant déjà un traitement doivent notamment éviter les associations non évaluées, qui peuvent entraîner des interactions ou retarder une prise en charge adaptée.
Dans le cas du Zézépagnon, les données disponibles doivent donc être interprétées à la lumière de leurs limites. Les résultats d’analyses physicochimiques et microbiologiques ne permettent pas, à eux seuls, de conclure que la tisane prévient ou traite le cancer, renforce effectivement l’immunité ou convient à une consommation prolongée.
L’actualité du Zézépagnon illustre le défi auquel sont confrontées les autorités sanitaires : permettre l’exploration scientifique des produits issus de la pharmacopée traditionnelle tout en veillant à ce qu’aucune promesse thérapeutique ne dépasse les preuves disponibles.
Pour les chercheurs, l’enjeu est de poursuivre des travaux rigoureux, reproductibles et suffisamment approfondis. Pour les autorités, il s’agit de faire respecter le cadre réglementaire et de garantir que les produits proposés au public répondent aux exigences applicables. Pour les consommateurs, enfin, la priorité reste de disposer d’informations fiables avant de prendre une décision concernant leur santé.
En attendant une éventuelle évolution de sa situation réglementaire, les consignes de l’ AIRP demeurent déterminantes. Les consommateurs sont invités à respecter les recommandations des autorités sanitaires et à ne pas substituer un produit non autorisé à un traitement médical prescrit.
Le dossier du Zézépagnon reste ainsi à la croisée de deux exigences : examiner scientifiquement les ressources de la pharmacopée africaine et garantir la sécurité des patients. Les résultats de recherche peuvent contribuer à éclairer le débat, mais seule une évaluation complète, suivie des autorisations réglementaires requises, pourra établir les conditions d’un éventuel usage médical reconnu.
