Santé

Après l'accouchement : la maman aussi a besoin qu'on prenne soin d'elle

Par ESSOH EmmanuelLe lundi 21 septembre 2026 à 14:15
Après l'accouchement : la maman aussi a besoin qu'on prenne soin d'elle

Fatigue, larmes sans raison, douleurs, saignements : après l'accouchement, le corps et le moral de la maman changent. Cet article explique ce qui est normal, ce qui doit alerter et comment s'appuyer sur la solidarité familiale pour mieux récupérer

Elle a accouché il y a quelques jours. Le bébé est en forme, la maison ne désemplit pas, les visites se succèdent et tout le monde s'extasie : « Il ressemble à son père ! » Mais le soir, quand la maison se vide, elle s'assoit sur le bord du lit et pleure sans savoir pourquoi. Elle se sent épuisée, et elle a un peu honte, parce que tout le monde lui répète qu'elle devrait être heureuse. Cette maman, c'est peut-être vous, votre sœur, votre fille ou votre voisine.

Si vous vous reconnaissez dans cette scène, sachez que ce que vous vivez est normal. Cela porte un nom : le post-partum.

C'est quoi, le post-partum ?

C'est la période qui suit l'accouchement. Elle comprend deux temps :

Les six premières semaines environ. Le corps se remet en place : la matrice reprend sa taille, les saignements diminuent, la plaie ou la couture cicatrise. À la fin de cette période, on fait généralement la consultation postnatale.

Les mois qui suivent. La récupération complète demande souvent plusieurs mois, parfois davantage. Le corps, les hormones et même l'image que vous avez de vous-même changent, parce que vous devenez maman, ou maman une fois de plus.

Les premières règles reviennent souvent entre 6 et 8 semaines si le bébé n'est pas allaité, mais beaucoup plus tard si vous allaitez. Il n'y a pas de « retard » à s'inquiéter là-dedans.

Ce qui se passe dans votre corps

Ne vous étonnez pas si vous vous reconnaissez dans ce qui suit :

Une grande fatigue. Elle vient de l'accouchement, des nuits coupées et des hormones qui bougent. Ce n'est pas de la paresse.

Des « tranchées », ces crampes dans le bas-ventre, surtout pendant les tétées. La matrice se contracte pour reprendre sa taille : elle pesait environ 1,5 kg, elle revient à 70 g.

Des saignements (les lochies), qui durent entre 3 et 6 semaines et s'éclaircissent peu à peu.

La montée de lait, le plus souvent au deuxième ou troisième jour. Les seins gonflent, deviennent lourds et sensibles.

Des douleurs au périnée si vous avez été suturée, déchirée ou si on a fait une épisiotomie. Il faut du repos et des soins pendant plusieurs semaines.

Des désagréments plus gênants à dire : petites fuites d'urine, constipation, hémorroïdes. Ils sont très fréquents, et vous n'avez pas à les cacher à la sage-femme, qui en entend tous les jours.

Le moral en montagnes russes

Après l'accouchement, les hormones chutent brutalement. Ajoutez le manque de sommeil, et le moral suit.

Le baby blues touche jusqu'à sept femmes sur dix. Il apparaît vers le 3e ou 5e jour : envie de pleurer, irritabilité, inquiétude sans raison. Il passe tout seul en une à deux semaines, avec du repos et du soutien.

La dépression post-partum touche environ une maman sur dix, parfois plus. Elle s'installe dans la durée : tristesse qui ne part pas, sentiment de ne pas être une bonne mère, culpabilité, envie de s'éloigner du bébé, perte d'appétit ou de goût pour tout. Elle demande un accompagnement par un professionnel de santé.

La psychose du post-partum est très rare, mais c'est une urgence. Elle apparaît brutalement dans les deux premières semaines : insomnie sévère, confusion, idées étranges. Il faut aller à l'hôpital sans attendre.

Une chose importante : la dépression après l'accouchement n'est pas un mauvais sort, ni un manque de foi, ni de l'ingratitude envers Dieu, ni une faiblesse de caractère. C'est un état de santé, comme le paludisme ou l'anémie, et il se soigne. Dans notre société, on attend des mamans qu'elles soient fortes et reconnaissantes, et beaucoup souffrent en silence pour cette raison. Vous avez le droit de dire : « Je ne vais pas bien. »

Nos traditions, un vrai soutien à valoriser

Chez nous, la nouvelle maman n'est traditionnellement pas laissée seule. Sa mère, sa belle-mère, une tante ou une sœur vient s'installer, s'occupe de la cuisine, du linge, du bain du bébé. Cette solidarité est une richesse, et les médecins eux-mêmes disent qu'elle protège la santé de la maman.

Pour que cet entourage vous aide vraiment, quelques idées :

Laissez les autres faire le ménage et la cuisine, et gardez vos forces pour vous reposer et allaiter. Dormez quand le bébé dort, même si la maison est pleine.

Choisissez les visites. Vous avez le droit de dire : « Laissez-moi me reposer, revenez demain. »

Mangez bien et buvez beaucoup. Les bouillons, les soupes, les légumes, le poisson et les fruits sont vos alliés, surtout si vous allaitez.

Soyez prudente avec les préparations à base de plantes dont vous ne connaissez pas la composition, surtout si vous allaitez. Demandez conseil à la sage-femme avant de les prendre ou de les donner au bébé.

Les bains chauds et les soins traditionnels peuvent soulager, mais ils ne remplacent pas le suivi médical. Si une douleur ou un écoulement vous inquiète, montrez-le à un professionnel.

Dans le même esprit, le papa a aussi un rôle : porter le bébé, veiller à ce que sa femme mange et se repose, l'écouter sans la juger. Une maman soutenue par son mari récupère mieux et plus sereinement.

Les signes qui doivent vous faire consulter tout de suite

Ne « voyez pas demain » et n'attendez pas que ça passe. Rendez-vous au centre de santé ou à l'hôpital le plus proche, ou appelez le SAMU , si vous avez :

des saignements soudainement très abondants (vous imbibez une serviette en moins d'une heure) ou qui sentent mauvais ;

de la fièvre au-dessus de 38 °C. Ici, elle peut venir d'une infection après l'accouchement comme du paludisme : dans les deux cas, il faut se faire examiner et ne pas se soigner seule avec les médicaments de la pharmacie ;

une douleur violente ou un gonflement dans un mollet (risque de phlébite)

une douleur insupportable au bas-ventre ou au périnée

des maux de tête violents, des vertiges intenses ou une vision trouble

des idées noires, l'envie de disparaître, ou l'impression de ne plus pouvoir du tout vous occuper de votre bébé.

Ne sautez pas la consultation postnatale

Beaucoup de femmes ne reviennent au centre de santé que pour les vaccins du bébé et s'oublient elles-mêmes. Or la consultation postnatale, autour de la 6e semaine, permet de vérifier que la cicatrisation se passe bien, de dépister une anémie, de parler d'allaitement, de planification familiale et de votre moral. Cette consultation est pour vous, pas seulement pour l'enfant.

Pour conclure

Devenir maman est un grand bonheur, mais c'est aussi une épreuve pour le corps et pour le cœur. Vous n'avez pas à être « forte » à tout prix. Reposez-vous, mangez, parlez, acceptez l'aide de vos proches et n'hésitez pas à consulter. Une maman qui va bien, c'est un bébé qui va bien, et une famille plus sereine.