Laurent Gbagbo au « Panthéon » de Ouagadougou : un symbole qui raconte le nouveau paysage politique régional

Laurent Gbagbo figure désormais sur une fresque de Ouagadougou aux côtés de grandes figures du panafricanisme. Un symbole qui intervient dans un contexte de recomposition politique en Afrique de l’Ouest
Le visage de Laurent Gbagbo figure désormais sur une fresque murale à Ouagadougou présentée comme le « Panthéon » des grands leaders et penseurs africains. L’ancien Président ivoirien y apparaît aux côtés de figures historiques telles que Nelson Mandela, Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah et Ahmed Sékou Touré. Une représentation qui ne passe pas inaperçue, compte tenu de l’histoire mouvementée des relations entre l’ancien dirigeant ivoirien et le Burkina Faso.
Cette présence sur la fresque intervient dans un contexte régional marqué par la recomposition des alliances politiques et diplomatiques en Afrique de l’Ouest. Elle fait également écho au positionnement adopté ces derniers mois par le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) à l’égard de l’Alliance des États du Sahel (AES).
À Ouagadougou, la fresque rassemble plusieurs personnalités associées aux luttes anticoloniales, à l’émancipation politique et au panafricanisme. L’intégration de Laurent Gbagbo à cet ensemble lui confère une dimension symbolique particulière.
L’ancien Président ivoirien est depuis longtemps associé à une histoire politique marquée par son opposition au pouvoir d’ Houphouët Boigny et par son discours en faveur de la souveraineté africaine. Sa trajectoire politique, notamment la crise ivoirienne de 2010-2011 et son arrestation en avril 2011, constitue également une partie importante de la lecture que certains acteurs panafricanistes font de son parcours.
La fresque traduit donc une représentation particulière de l’histoire politique africaine, dans laquelle Gbagbo est désormais présenté aux côtés de plusieurs grandes figures du continent.
Cette reconnaissance symbolique intervient alors que le PPA-CI a récemment affiché un positionnement favorable à l'égard de l'Alliance des États du Sahel.
Lors de son premier congrès ordinaire, le parti a adopté une motion de soutien à l'AES, prenant position contre ce qu'il présente comme des pressions exercées par des puissances extérieures. Ce positionnement rapproche le discours du PPA-CI de certaines thématiques mises en avant par les autorités des pays membres de l'AES.
Il convient toutefois de distinguer le positionnement politique du PPA-CI de l'interprétation selon laquelle la fresque constituerait, à elle seule, une reconnaissance officielle de Laurent Gbagbo par le pouvoir burkinabè. Les sources disponibles rapportent son intégration à la fresque et soulignent le changement de perception dont il fait l'objet au Burkina Faso, mais elles ne permettent pas d'établir à elles seules une décision officielle des autorités burkinabè destinée à consacrer son statut politique.
Le symbole est d'autant plus frappant que les relations entre Laurent Gbagbo et le Burkina Faso ont été particulièrement tendues au début des années 2000.
À cette époque, le Burkina Faso de Blaise Compaoré entretenait des relations conflictuelles avec le pouvoir ivoirien, dans un contexte marqué notamment par la rébellion déclenchée en Côte d'Ivoire en septembre 2002.
Deux décennies plus tard, le paysage régional a profondément changé. Le Burkina Faso est désormais dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, tandis que Ouagadougou, Bamako et Niamey ont construit autour de l'AES un espace politique revendiquant davantage de souveraineté vis-à-vis des partenaires extérieurs.
Dans ce nouvel environnement, les positions de Laurent Gbagbo sur la souveraineté et son soutien affiché aux pays de l'AES trouvent un écho différent de celui qu'elles pouvaient avoir à l'époque de Blaise Compaoré.
Pour ses soutiens et certains courants panafricanistes, son parcours peut être lu à travers les thèmes de la souveraineté, de l'indépendance politique et de la résistance aux ingérences extérieures. D'autres lectures de son parcours existent toutefois, notamment au regard des crises politiques ivoiriennes et des controverses qui ont accompagné son passage au pouvoir.
À Ouagadougou, une image suffit désormais à matérialiser cette nouvelle lecture, Laurent Gbagbo figure parmi les personnalités historiques retenues pour incarner une certaine vision du panafricanisme contemporain.
