Orpaillage clandestin : Justin Koné Katinan entendu par la police après une plainte du RHDP

Ce qui devait être une tribune politique sur l'orpaillage clandestin s'est transformé en dossier judiciaire. Justin Koné Katinan, vice-président du PPA-CI, a été auditionné par la police d'Abidjan après une plainte du RHDP l'accusant de diffamation
Ce mercredi 9 septembre 2026, Justin Koné Katinan a pris le chemin de la Préfecture de police d'Abidjan. Pas pour une simple formalité : le 4ᵉ vice-président du PPA-CI, chargé de la politique générale du parti, y a été entendu par le Service des Enquêtes générales, à la suite d'une plainte déposée par le RHDP, le parti au pouvoir.
Tout est parti d'une tribune. Le 3 septembre, à Cocody, le PPA-CI tenait sa 52ᵉ Tribune du Parti et avait choisi un thème qui ne laissait guère place au doute sur l'intention : l'orpaillage clandestin, présenté sous l'angle de « la responsabilité exclusive du RHDP ». C'est Katinan Koné qui a porté la parole ce jour-là, et il n'a pas ménagé ses mots. Pour lui, l'orpaillage illégal n'a rien d'un simple accident rural, c'est un « problème systémique », dont il fait remonter les racines à la crise de 2002 et aux zones tenues à l'époque par l'ex-rébellion un phénomène qui se serait ensuite amplifié après l'arrivée du RHDP au pouvoir en 2011. Il est allé plus loin en reliant l'or clandestin à toute une économie parallèle : blanchiment d'argent, trafic de drogue, pollution des cours d'eau. « Le RHDP contrôlait l'orpaillage illégal quand il était encore dans l'opposition. Ce contrôle s'est accentué quand il a pris les rênes du pouvoir d'État », a-t-il lancé face à son public.
Ces propos n'ont pas mis longtemps à faire réagir. Quatre jours plus tard, le 7 septembre, le RHDP a déposé plainte par la voix de son secrétaire exécutif, Ibrahima Cissé Bacongo. Les griefs retenus : diffamation, injure et diffusion de fausses nouvelles. La convocation qui en a découlé, adressée à Katinan Koné pour ce mercredi 10 heures, précisait qu'elle intervenait « sur instructions de Monsieur le Procureur de la République » et l'invitait à se présenter accompagné de son conseil, comme le prévoit l'article 90 nouveau du Code de procédure pénale.
Du côté du RHDP, on ne compte pas laisser passer l'accusation sans réagir. Le parti qualifie les propos de Katinan Koné d'« affirmations gratuites » et dénonce le fait d'être présenté, selon ses termes, comme « un creuset de délinquants ». Sa demande est simple : que le PPA-CI et son vice-président apportent des preuves à l'appui de ce qu'ils avancent.
Il y a toutefois une nuance que le gouvernement a tenu à poser clairement. Interrogé à l'issue du Conseil des ministres de ce mercredi, le porte-parole de l'exécutif, Amadou Coulibaly, a pris soin de dissocier l'État du parti au pouvoir : « Le gouvernement n'a pas porté plainte. Et à ce que je sache, le gouvernement n'a pas été indexé. » Une façon de rappeler que la procédure judiciaire en cours reste, pour l'instant, une affaire entre deux partis politiques, et non une action de l'État ivoirien.
Au moment où ces lignes sont écrites, l'audition de Justin Koné Katinan se poursuivait encore. Ni le parquet ni le PPA-CI n'avaient communiqué sur son déroulement, et aucun changement dans le statut judiciaire du responsable politique n'avait été annoncé.
Cette affaire s'inscrit dans un climat déjà tendu autour de la question de l'orpaillage illégal, devenue ces dernières semaines l'un des sujets les plus sensibles du débat public ivoirien. Depuis 2021, plus de 8 500 sites clandestins auraient été déguerpis et 4 474 personnes déférées devant la justice, alors que les autorités multiplient interpellations et fermetures de sites à travers le pays. C'est dans ce contexte de mobilisation renforcée que la sortie de Katinan Koné a pris une tournure judiciaire, transformant une controverse politique en dossier suivi de près par les observateurs.
