Politique

Guillaume Soro : le pardon, une quête devenue centrale

Par ESSOH EmmanuelLe mercredi 16 septembre 2026 à 14:54
Guillaume Soro : le pardon, une quête devenue centrale

Guillaume Soro fait du pardon et du repentir le cœur de son engagement actuel. Dans une démarche tournée vers la réconciliation, l’ancien Premier Ministre appelle à dépasser les rancœurs et à privilégier le dialogue, la paix et le rapprochement entre les Ivoiriens

« Le pardon, premier acte de courage. » Par cette formule, Guillaume Soro a remis, lundi 14 septembre 2026, le pardon au cœur de son discours lors d’une conférence publique. L’ancien Premier ministre et ex-président de l’Assemblée nationale semble désormais vouloir faire de cette notion bien plus qu’un thème politique : une démarche personnelle et une conviction profonde.

Au fil des années, son discours s’est progressivement tourné vers l’apaisement, la réconciliation et le dépassement des rancœurs. Aujourd’hui, le pardon apparaît comme l’un des fils conducteurs de sa réflexion sur la Côte d’Ivoire et sur son propre parcours.

Un discours de plus en plus tourné vers l’apaisement

Guillaume Soro n’en est pas à son premier appel au pardon. En 2013, à Gagnoa, il lançait déjà un message en faveur de la paix et de la réconciliation : « Pour faire la paix, il faut assurément du courage. »

Face aux populations Guébié, il invitait alors chacun à pardonner, à dépasser les blessures et à avancer ensemble. Il appelait les Ivoiriens à rejoindre le « train de la réconciliation », faisant du pardon une condition essentielle pour reconstruire les liens entre les différentes composantes de la société.

Cette vision s’est progressivement installée dans son discours. Pour lui, la paix ne peut être durable si elle reste prisonnière des rancœurs et des blessures du passé.

« Il n’y a pas d’alternative au pardon »

La même année, Guillaume Soro formulait une conviction appelée à revenir régulièrement dans ses prises de parole : il n’existe « pas d’alternative au pardon, à la réconciliation ».

Cette conception donne au pardon une dimension à la fois politique et humaine. Pardonner ne signifie pas, selon cette approche, nier les souffrances ou effacer les responsabilités. Il s’agit plutôt de refuser que les blessures du passé continuent de déterminer les relations entre les Ivoiriens.

Au fil du temps, Soro a également commencé à présenter le pardon comme une démarche qui doit commencer par soi-même.

En 2017, un pardon devenu personnel

En 2017, alors qu’il présidait encore l’Assemblée nationale, Guillaume Soro appelait une nouvelle fois les Ivoiriens à préserver l’unité du pays.

« Ne nous divisons pas la Côte d’Ivoire ! Travaillons à la paix ! », déclarait-il, tout en insistant sur la nécessité de davantage de tolérance et de réconciliation.

Mais c’est surtout une autre phrase qui retient l’attention : « En ce qui me concerne, j’ai déjà pardonné et je suis désormais sans rancune ni colère. »

Le propos prend alors une dimension plus intime. Le pardon n’est plus seulement une recommandation adressée à la société. Il devient une démarche personnelle, une manière pour l’ancien dirigeant de prendre du recul sur son histoire et de regarder l’avenir avec moins de ressentiment.

Un cheminement qui se poursuit dans l’exil

Même loin de la Côte d’Ivoire, Guillaume Soro a continué à placer la paix et la réconciliation au centre de ses messages.

Depuis Diawala, il appelait encore les Ivoiriens à se mobiliser en faveur de la réconciliation et invitait chacun à prendre son « bâton de pèlerin ».

À New York, en 2021, il insistait également sur la responsabilité collective dans la recherche de la paix : « Quand on veut le dialogue direct, quand on veut la paix, quand on veut la réconciliation, l’obligation est partagée. »

Cette évolution est importante. Le pardon n’est plus présenté comme une démarche qui concernerait uniquement ceux qui ont été blessés ou ceux qui sont considérés comme responsables. Il devient une responsabilité partagée, qui impose à chacun une part d’introspection.

Un repentir assumé

Le discours de Guillaume Soro laisse aussi apparaître une volonté de regarder son propre passé avec davantage de recul. Derrière ses appels répétés au pardon se dessine une forme de repentir et d’introspection.

Cette démarche ne consiste pas simplement à demander aux autres de tourner la page. Elle suppose également d’accepter de revisiter son propre parcours, d’en reconnaître les zones douloureuses et de mesurer le poids des blessures laissées derrière soi.

C’est dans cette perspective que son message du 14 septembre 2026 prend une résonance particulière. En affirmant que « le pardon » constitue le « premier acte de courage », Guillaume Soro semble vouloir inscrire son action actuelle dans une recherche assumée d’apaisement.

Le pardon comme horizon

Treize ans après ses premiers appels publics à la réconciliation, le thème reste donc présent dans le discours de Guillaume Soro.

De ses prises de parole en Côte d’Ivoire à ses années d’exil, il n’a cessé de revenir à la paix, à la tolérance et au pardon. Mais le message semble aujourd’hui prendre une dimension plus personnelle : celle d’un homme qui revendique le droit de se repentir, de pardonner et de demander que les rancœurs cessent de peser sur l’avenir.

Pour Guillaume Soro, tourner la page ne signifie pas oublier. C’est plutôt accepter de regarder le passé en face, reconnaître les blessures qu’il a pu laisser et choisir malgré tout de ne pas les transmettre aux générations futures.

Le pardon devient ainsi une forme de courage, le repentir un acte d’humilité et la réconciliation un chemin vers lequel il souhaite désormais entraîner la société ivoirienne.