Politique

Frontière Côte d'Ivoire-Mali : un tracé enfin arrêté après des années de tractations

Par ESSOH EmmanuelLe mardi 1 septembre 2026 à 13:56
Frontière Côte d'Ivoire-Mali : un tracé enfin arrêté après des années de tractations

Alors que le Mali s'est retiré de la CEDEAO pour rejoindre l'Alliance des États du Sahel, Abidjan et Bamako viennent malgré tout de s'entendre sur un dossier sensible : le tracé définitif de leur frontière commune

À Bamako, la fin du mois d'août 2026 restera comme une date charnière dans les relations entre Abidjan et le Mali. Réunis du 21 au 25 août dans la capitale malienne, les experts de la Commission technique mixte de matérialisation de la frontière sont parvenus à un accord consensuel sur le tracé définitif de leur ligne commune, ainsi que sur l'avant-projet du traité appelé à l'entériner.

Cinq jours de travail pour clore un dossier ancien

Il s'agissait de la quatrième rencontre de cette commission mixte, chargée depuis plusieurs années de clarifier une frontière longtemps restée floue sur certains tronçons. Les discussions de Bamako se sont notamment appuyées sur les résultats d'une mission conjointe de reconnaissance technique, menée en avril dernier dans la zone sensible de Pogo, côté ivoirien, et de Zégoua, côté malien — un secteur par lequel transite l'essentiel des flux routiers entre les deux pays.

Au terme des échanges, les deux délégations ont validé non seulement le tracé lui-même, mais aussi un document technique de référence, le « canevas de base », qui doit désormais guider les prochaines opérations de démarcation et d'installation des bornes sur le terrain.

Une étape technique, avant l'acte politique

L'adoption du tracé ne signifie pas que le dossier est clos. Il s'agit d'un accord d'experts, qui doit encore être formalisé au plus haut niveau : les gouvernements ivoirien et malien sont désormais attendus pour signer le traité de délimitation, une échéance annoncée avant la fin de l'année 2026. Une fois ce texte signé, les équipes techniques pourront enchaîner avec la matérialisation physique de la frontière — c'est-à-dire la pose concrète des bornes sur le terrain, secteur par secteur.

Un accord qui dépasse la simple géographie

Au-delà de l'aspect purement technique, cette avancée a une portée qui dépasse la question des bornes. Elle intervient dans un contexte régional particulier : depuis le retrait du Mali de la CEDEAO et son ancrage dans l'Alliance des États du Sahel (AES), Abidjan et Bamako évoluent dans des architectures régionales de plus en plus divergentes. Les deux pays ont par ailleurs traversé, ces dernières années, des tensions bilatérales sensibles. Dans ce climat, s'accorder sereinement sur une frontière commune envoie un signal de coopération qui va au-delà du seul enjeu territorial.

Pour les populations qui vivent de part et d'autre de cette ligne, souvent dans des zones où les repères administratifs se sont brouillés avec le temps, l'enjeu est très concret : un cadre plus clair devrait faciliter la gestion quotidienne de la zone frontalière, renforcer la sécurité et fluidifier la coopération locale entre riverains, commerçants et autorités des deux côtés.

Reste maintenant l'étape politique : la signature du traité, dans les prochains mois, viendra confirmer sur le plan diplomatique ce que les experts ont déjà acté sur le plan technique.