Maroc : Fatima Ezzahra El Mansouri face au défi de gouverner dans un pays encore marqué par les codes du pouvoir masculin

Première femme à diriger le gouvernement marocain, Fatima Ezzahra El Mansouri devra s’imposer dans un univers politique longtemps dominé par les hommes, tout en répondant aux attentes économiques et sociales du Maroc
En devenant, le 29 septembre 2026, la première femme à diriger le Gouvernement marocain, Fatima Ezzahra El Mansouri n’a pas seulement franchi une étape personnelle. Sa nomination ouvre une nouvelle page dans un pays musulman où la vie politique et les grandes responsabilités publiques ont longtemps été largement occupées par des hommes.
Son arrivée à la tête du gouvernement constitue donc un symbole fort. Mais derrière cette première historique se dessine surtout un immense défi : transformer une victoire individuelle en changement durable dans la représentation des femmes au pouvoir.
Même si les femmes marocaines occupent aujourd’hui davantage de responsabilités, le sommet de l’État reste traditionnellement dominé par les hommes. Fatima Ezzahra El Mansouri devra donc rapidement imposer son autorité dans un environnement politique où elle sera observée à la fois pour ses décisions et pour sa capacité à diriger.
Son expérience de maire de Marrakech et de ministre constitue un atout. Mais à la tête du gouvernement, elle devra démontrer que son accession au pouvoir ne relève pas uniquement d'une avancée symbolique.
Le véritable enjeu sera de gouverner avec suffisamment d’autorité pour être jugée sur son bilan plutôt que sur son genre.
Le Maroc est un pays musulman attaché à une histoire, à des traditions et à des équilibres sociaux profondément enracinés. La nouvelle cheffe du gouvernement devra composer avec cette réalité tout en répondant aux aspirations d’une société qui évolue rapidement.
Pour les femmes, les attentes sont particulièrement fortes : accès à l’emploi, autonomie économique, représentation politique, protection contre les violences et égalité des chances.
La question sera donc de savoir jusqu’où son gouvernement pourra faire avancer ces dossiers sans provoquer de fracture entre les aspirations à la modernité et les courants plus conservateurs de la société.
Mais les Marocains attendent également des résultats très concrets. Le chômage des jeunes, le coût de la vie, les inégalités sociales et l'accès aux services publics pèseront lourdement sur son mandat.
À cela s'ajoute la nécessité de construire une majorité parlementaire stable. Avec 97 sièges sur 395, le PAM ne dispose pas seul de la majorité absolue. La première femme à diriger le gouvernement marocain devra donc aussi apprendre à composer, négocier et convaincre dans un paysage politique fragmenté.
Fatima Ezzahra El Mansouri sait désormais que ses décisions seront scrutées différemment. Son succès pourrait contribuer à ouvrir davantage les portes du pouvoir aux Marocaines. À l'inverse, ses éventuelles difficultés pourraient être interprétées, à tort ou à raison, à travers le prisme de son genre.
C'est toute l'ambiguïté de cette nomination historique : elle est à la fois une consécration personnelle et une responsabilité collective.
