Politique

Côte d’Ivoire : l’opposition propose une nouvelle autorité indépendante pour organiser les élections (AENI)

Par ESSOH EmmanuelLe vendredi 23 octobre 2026 à 16:51
Côte d’Ivoire : l’opposition propose une nouvelle autorité indépendante pour organiser les élections (AENI)

L’opposition ivoirienne propose la création d’une Autorité électorale nationale indépendante de 11 membres et d’un Observatoire permanent des élections pour renforcer la transparence du processus électoral

La réforme du système électoral ivoirien revient au cœur du débat politique. Réunis autour d’une proposition commune, plusieurs partis de l’opposition ont présenté, jeudi 22 octobre 2026, un projet visant à mettre en place une nouvelle structure indépendante chargée de l’organisation des élections en Côte d’Ivoire. Cette initiative intervient après la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), en mai 2026.

La proposition a été dévoilée lors d’une conférence de presse organisée au siège du Front populaire ivoirien (FPI), à Abidjan. À travers ce document, les formations politiques concernées souhaitent promouvoir un mécanisme électoral fondé sur la compétence, l’impartialité et la confiance des citoyens.

Le projet a été transmis au ministère de l’Intérieur et de la Sécurité. Il s’agit, à ce stade, d’une proposition portée par l’opposition, dont la concrétisation dépendra des décisions institutionnelles et du cadre juridique qui sera retenu.

Au centre de cette proposition figure la création d’une Autorité électorale nationale indépendante (AENI), composée de 11 membres. Contrairement à un système reposant directement sur la représentation des partis politiques, l’opposition préconise une sélection des membres fondée principalement sur leurs compétences et leur expérience professionnelle.

Les profils recherchés couvriraient plusieurs domaines, notamment le droit, la comptabilité, l’enseignement supérieur, les statistiques, les technologies numériques, l’administration électorale, les médias, l’agriculture, la chefferie traditionnelle et la gouvernance publique.

L’objectif affiché est de réunir des personnalités issues de secteurs variés, capables de contribuer à la crédibilité du processus électoral et au bon fonctionnement de l’institution.

Le document prévoit également des critères précis pour accéder à cette autorité. Les candidats devraient être de nationalité ivoirienne, être âgés de 35 à 75 ans et jouir de leurs droits civils et politiques.

Ils ne devraient, en outre, appartenir à aucun parti politique ni manifester de sympathie partisane. Certaines fonctions ministérielles, électives ou administratives exercées au cours des quinze dernières années constitueraient également des incompatibilités, selon les conditions définies dans la proposition.

Pour l'opposition, ces dispositions visent à limiter les risques d'influence politique et à renforcer l'indépendance des personnes appelées à superviser les élections.

Le mandat des membres de l' AENI serait fixé à sept ans, sans possibilité de renouvellement. Le renouvellement progressif d'un tiers des membres permettrait d'assurer une certaine continuité dans le fonctionnement de l'institution.

Autre point important : le président de l'autorité serait élu par ses pairs à la majorité d'au moins sept voix sur onze.

Pour éviter que la désignation des membres ne devienne un nouvel enjeu de confrontation politique, l'opposition propose la mise en place d'un Comité national de sélection (CNS).

Cette structure serait chargée de recruter les candidats à travers des appels à candidatures ouverts, des auditions et un mécanisme de tirage au sort. Un jury de cinq personnes, dont trois juristes, interviendrait dans le processus de sélection, selon les modalités prévues dans le document.

Cette procédure entend donner davantage de transparence au choix des futurs responsables de l'autorité électorale. Elle devra toutefois être examinée dans le cadre des discussions institutionnelles qui pourraient suivre la transmission de la proposition.

Le projet ne se limite pas à la création de l' AENI. Il prévoit également la mise en place d'un Observatoire permanent des élections (OPE), chargé d'assurer une mission de suivi et de veille autour du processus électoral.

Cette structure viendrait compléter le dispositif proposé en permettant un suivi régulier des opérations et des différentes étapes du processus.

Avec ces deux mécanismes, l'opposition entend contribuer à la construction d'un système électoral jugé plus transparent et plus crédible.

La présentation de ce projet marque une nouvelle étape dans les discussions sur l'avenir de l'organisation des élections en Côte d'Ivoire. Après la dissolution de la CEI en mai 2026, la question du modèle appelé à lui succéder demeure centrale pour les acteurs politiques.

En mettant l'accent sur l'indépendance, la compétence professionnelle et la transparence du recrutement, l'opposition avance une architecture institutionnelle qu'elle souhaite voir examinée par les autorités compétentes.

La transmission du document au ministère de l'Intérieur et de la Sécurité constitue une démarche formelle, mais elle ne signifie pas que les mesures proposées sont déjà adoptées. Les prochaines étapes dépendront des échanges institutionnels et des décisions qui seront prises concernant la réforme du système électoral.

L'enjeu dépasse la seule création d'une nouvelle structure : il s'agit de définir les garanties permettant à l'ensemble des acteurs politiques et aux citoyens d'accorder leur confiance à l'organisation des futures élections en Côte d'Ivoire.