Politique

Côte d'Ivoire-États-Unis : les coulisses d'un rapprochement militaire

Par ESSOH EmmanuelLe vendredi 4 septembre 2026 à 14:36
Côte d'Ivoire-États-Unis : les coulisses d'un rapprochement militaire

La coopération militaire entre la Côte d'Ivoire et les États-Unis a clairement changé d'échelle en 2026 : adhésion au State Partnership Program, visite au Pentagone, exercice Flintlock, engagement continu sur la question sécuritaire

Il y a des relations diplomatiques qui se construisent à coups de communiqués discrets, et d'autres qui se voient. Celle qui unit aujourd'hui la Côte d'Ivoire et les États-Unis sur le plan militaire appartient clairement à la seconde catégorie. En l'espace de quelques mois, en 2026, elle est passée de la poignée de main protocolaire à quelque chose qui ressemble davantage à un vrai chantier commun.

Fin février 2026, le Général d'Armée Lassina Doumbia, chef d'état-major des Forces Armées de Côte d'Ivoire, prend l'avion pour les États-Unis. Une semaine sur place, du 21 au 27, avec un moment fort : sa réception au Pentagone. Ce genre de visite ne relève pas de la simple courtoisie diplomatique — elle signale, des deux côtés, que l'on veut inscrire la relation dans la durée plutôt que la limiter à des coups ponctuels.

Le même mois, c'est un sénateur américain, Steven Daines, qui fait le chemin inverse et se rend à Abidjan. Reçu par la cheffe de la diplomatie ivoirienne, il y est question de sécurité face aux menaces qui viennent du nord, mais aussi d'investissements économiques, notamment à travers le Millennium Challenge Corporation. Les deux sujets, sécurité et développement, avancent visiblement main dans la main.

Autre étape marquante : l'entrée de la Côte d'Ivoire dans le State Partnership Program, un dispositif américain qui associe des États de la Garde nationale à des pays partenaires à travers le monde. Pour Abidjan, c'est la Pennsylvanie qui devient l'interlocuteur privilégié. Concrètement, cela ouvre la porte à des échanges de savoir-faire dans plusieurs domaines : opérations combinant forces aériennes et terrestres, cyberdéfense, numérique, et secours médical d'urgence.

La théorie des accords, c'est une chose. La pratique, c'en est une autre — et là aussi, 2026 a été chargée. En avril, la Côte d'Ivoire a accueilli pour la deuxième année de suite l'exercice Flintlock, qui réunit les Américains et plusieurs pays partenaires, à Jacqueville, Yamoussoukro et Adiaké. Au même moment, à quelques kilomètres de là, un autre exercice se déroulait avec la France : Touraco 2026, dans plusieurs villes du pays. Les deux manœuvres, menées quasiment en parallèle, disent quelque chose d'assez clair sur la stratégie ivoirienne : ne pas mettre tous les œufs dans le même panier, et apprendre à travailler avec plusieurs alliés à la fois.

C'est là qu'il faut être prudent. Plusieurs médias ivoiriens ont évoqué, début septembre 2026, des discussions en cours pour l'achat de drones dernière génération et d'hélicoptères de combat dans le cadre du partenariat américain. L'information circule, mais je n'ai pas trouvé de communiqué officiel ou de source détaillée qui la confirme noir sur blanc. Ce n'est pas qu'elle soit fausse — c'est juste qu'à l'heure où j'écris, elle reste à vérifier.

Ce qui est en revanche bien établi, c'est que les FACI modernisent leur arsenal depuis plusieurs années, et pas uniquement avec les Américains :

·les États-Unis ont déjà validé le transfert de véhicules blindés M36 PUMA ; l'Union européenne a livré, en février 2026, quarante véhicules spécialisés et des drones tactiques, dont le modèle Atechsys COMET L, dans le cadre d'une aide de 15 millions d'euros ; la Chine a fourni, en 2024, quatre hélicoptères d'attaque armés de mitrailleuses et de lance-missiles ; la France, via sa société Défense Conseil International, forme des unités ivoiriennes à l'usage des drones.

Bref, la Côte d'Ivoire ne mise pas sur un seul fournisseur. Elle compose avec plusieurs partenaires, un peu comme on diversifie ses sources d'approvisionnement quand on ne veut dépendre de personne en particulier.

Derrière les équipements et les grandes rencontres officielles, il y a une réalité plus terre à terre : la zone nord de la Côte d'Ivoire, exposée aux infiltrations de groupes armés venus du Sahel. C'est là que se concentre l'essentiel de l'effort — entraînement intensif des unités d'infanterie avant leur déploiement, mais aussi actions civilo-militaires destinées à recréer du lien entre les populations locales et les forces de sécurité. Parce qu'une frontière ne se sécurise pas seulement avec des armes ; elle se sécurise aussi avec la confiance des gens qui y vivent.

La coopération militaire entre la Côte d'Ivoire et les États-Unis a clairement changé d'échelle en 2026 : adhésion au State Partnership Program, visite au Pentagone, exercice Flintlock, engagement continu sur la question sécuritaire. Un plan couvrant la période 2027-2031, mentionné par plusieurs médias ivoiriens début septembre, viendrait mettre tout cela noir sur blanc — mais son contenu exact, notamment sur le volet drones et hélicoptères, mérite encore d'être confirmé par une source officielle.