Politique

Afrique : comment les États-Unis font de plusieurs pays du continent de nouveaux relais de leur politique d’expulsion

Par ESSOH EmmanuelLe vendredi 2 octobre 2026 à 14:13
Afrique : comment les États-Unis font de plusieurs pays du continent de nouveaux relais de leur politique d’expulsion

Le Burundi rejoint un groupe croissant de pays Africains associés au dispositif Américain d’expulsion vers des pays tiers. Une stratégie qui redessine la place de l’Afrique dans la politique migratoire de Washington

Le Burundi vient de franchir une nouvelle étape dans sa relation avec Washington. En officialisant son adhésion au dispositif américain d’expulsion vers des pays tiers, le pays rejoint un groupe de plus en plus important d’États africains sollicités par les États-Unis pour accueillir des personnes éloignées de leur territoire.

L’annonce, faite mardi 29 septembre 2026 par la porte-parole de la Présidence Burundaise, Nancy Ninette Mutoni, intervient dans un contexte particulier. Le même jour, la Cour suprême américaine a autorisé provisoirement l’Administration à reprendre certaines expulsions vers des pays tiers. Jeudi 1er octobre, l’accord avec le Burundi entrait dans une nouvelle phase de mise en œuvre.

Mais cette coopération ne date pas d’hier. Selon des documents du Département d’État américain, les bases juridiques de l’accord avaient été établies dès février 2026. L’annonce publique de septembre vient donc officialiser un processus engagé plusieurs mois auparavant.

Avec le Burundi, au moins 13 pays africains sont désormais associés à ce type de dispositif : le Cameroun, le Cap-Vert, la République démocratique du Congo, la République centrafricaine, la Guinée équatoriale, l’ Eswatini, le Ghana, le Liberia, le Rwanda, la Sierra Leone, le Soudan du Sud et l’Ouganda.

Le phénomène dépasse largement les frontières du continent. Mais la multiplication des accords avec des États africains montre que Washington cherche désormais à construire un véritable réseau international de pays capables d’accueillir des personnes expulsées des États-Unis.

Pour les personnes concernées, le changement peut être considérable. Certaines sont envoyées vers un pays avec lequel elles n'ont aucun lien familial, culturel ou linguistique. Un ressortissant sud-américain ou asiatique peut ainsi se retrouver en Afrique après avoir été expulsé des États-Unis.

Cette stratégie s’inscrit dans une campagne d’éloignement beaucoup plus vaste menée par l’Administration Américaine.

Les données disponibles montrent l’ampleur du phénomène. Au cours de l’année fiscale, les juges de l’immigration américains ont délivré un nombre record de 741 870 ordonnances d’expulsion ou de départ volontaire. Le rythme des expulsions physiques s’est, lui, maintenu autour de 1 200 personnes renvoyées chaque jour.

Mais une autre réalité se dessine derrière ces chiffres : celle des expulsions vers des pays tiers.

Une enquête internationale coordonnée par Forbidden Stories a recensé, au 31 août 2026, au moins 25 447 personnes envoyées vers des pays tiers, dans le cadre d’accords conclus avec plusieurs gouvernements.

La majorité de ces personnes, environ 20 000, ont été transférées vers le Mexique, pays voisin des États-Unis. D’autres ont été dirigées vers différents États d’Afrique subsaharienne et du Pacifique.

Pour obtenir ces accords, Washington ne s’appuie pas uniquement sur l’argument migratoire. Les négociations peuvent également porter sur l’aide au développement, le financement de programmes de santé ou d’autres formes de coopération.

Dans certains cas, des pressions diplomatiques et économiques auraient également été utilisées, notamment autour des visas ou des droits de douane.

Pour les gouvernements africains, accepter ces accords peut donc ouvrir la voie à de nouvelles coopérations avec Washington. Mais ces arrangements soulèvent aussi des questions sur leurs conditions, leurs contreparties et surtout sur les garanties accordées aux personnes transférées.

C’est peut-être là que se trouve le changement le plus important. Certains États africains ne sont plus seulement des acteurs de leurs propres politiques migratoires. Ils deviennent progressivement des relais de la politique d’éloignement des États-Unis.

Le cas du Burundi illustre cette évolution. À travers ces accords, Washington cherche à déplacer une partie de la gestion de ses expulsions au-delà de ses frontières. Et, pour plusieurs pays africains, la question n’est désormais plus seulement celle de leurs relations avec les États-Unis, mais aussi celle de leur place dans une politique migratoire américaine qui prend une dimension internationale.

Derrière les chiffres et les accords diplomatiques, il reste surtout une réalité humaine : celle de personnes qui, après avoir été expulsées des États-Unis, peuvent se retrouver dans un pays où elles n’ont parfois ni attaches, ni famille, ni repères.

C’est cette nouvelle géographie des expulsions que le dispositif américain est progressivement en train de dessiner.