19 septembre 2002 : se souvenir pour ne plus jamais revivre cette nuit

24 ans après le 19 septembre 2002, la Côte d'Ivoire se souvient. Quelles leçons tirer de cette nuit pour que le pays ne revive jamais une telle crise ?
Vingt-quatre ans après la tentative de coup d'État qui a coupé la Côte d'Ivoire en deux, la mémoire de cette nuit est un avertissement. Que faut-il en retenir pour que l'histoire ne se répète pas ?
Chaque année, le 19 septembre, les Ivoiriens repensent à cette nuit. Certains l'ont vécue de près : les tirs à trois heures du matin, les casernes attaquées, les familles cloîtrées, les proches disparus. D'autres, nés après, ne la connaissent que par les récits. Or c'est aux deux générations qu'il revient de comprendre ce qui s'est passé.
Ce que la mémoire nous rappelle
Dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, à partir de 3 heures du matin, des hommes armés ont attaqué plusieurs casernes et gendarmeries à Abidjan, ainsi que Bouaké et Korhogo. Le Ministre de l'Intérieur, Émile Boga Doudou, a été tué. Le 20 septembre, les combats avaient fait près de 300 morts à Abidjan. Le coup de force a échoué, mais le pays s'est retrouvé divisé entre un sud tenu par le Gouvernement et un centre, un nord et un ouest aux mains des rebelles. La crise a duré près de dix ans, jusqu'à la crise postélectorale de 2010, qui a fait officiellement 3 000 morts à Abidjan selon l'ONU.
Les leçons que les analystes en tirent
Tous les Ivoiriens ne s'accordent pas sur les causes de la crise, mais plusieurs enseignements reviennent souvent :
Tenir l'armée à l'écart des luttes politiques. La nuit du 19 septembre est née d'une mutinerie de militaires, dans un pays où l'armée avait déjà renversé un président en 1999. Des forces de sécurité loyales à l'État, et non à un camp, sont une protection pour tous.
Accepter le verdict des urnes. Les institutions ne tiennent que si les perdants, comme les gagnants, acceptent les règles du jeu.
Chercher la vérité, même quand elle dérange. Les circonstances de la mort de Gueï et de Boga Doudou restent débattues, tout comme le financement et l'armement de la rébellion, les rumeurs prennent la place des faits, et les blessures ne cicatrisent pas.
Se méfier des boucs émissaires extérieurs
Transmettre pour ne pas répéter
Se souvenir n'est pas seulement un exercice de deuil, c'est un travail de transmission. Cela passe par l'école, où l'on enseigne l'histoire récente sans en faire une arme, par les témoignages des victimes, de toutes les victimes, quel que soit leur camp, et par les lieux de mémoire. Cela passe aussi par le respect des mots : refuser les discours de haine, les rumeurs, les appels à la vengeance, en ligne comme dans la rue.
Les dernières années ont d'ailleurs montré un autre visage du pays, tourné vers l'économie et le numérique. Cette prospérité n'est solide que si la cohésion nationale l'est aussi.
Une responsabilité partagée
Il n'existe pas de recette unique contre la violence politique. Mais le 19 septembre nous dit ceci : les crises commencent rarement en une nuit, elles se préparent par des exclusions, des frustrations et des silences. C'est à chacun, citoyens, responsables politiques, médias, autorités religieuses et forces de sécurité, de veiller à ce que ces conditions ne se recréent pas.
