Ouganda : Robert Kabera, l’opposant rwandais retrouvé décapité après avoir dénoncé des menaces

Robert Kabera, ancien militaire rwandais et critique du président Paul Kagame, a été retrouvé décapité le 17 octobre 2026 en Ouganda. Avant sa mort, il avait signalé des menaces et demandé une meilleure protection
La découverte a bouleversé ses proches et relancé les inquiétudes autour de la sécurité des opposants rwandais en exil. Robert Kabera, ancien militaire de 50 ans devenu une voix critique du président Paul Kagame, a été retrouvé mort, décapité, le samedi 17 octobre 2026 dans une plantation d’eucalyptus à Luwala, dans le district de Mpigi, en Ouganda. Il vivait dans ce pays voisin du Rwanda depuis novembre 2020, après avoir quitté son pays en affirmant craindre des persécutions politiques.
Au moment de la découverte du corps, la tête de la victime demeurait introuvable, selon les informations communiquées par la police ougandaise. Une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances du meurtre, identifier les auteurs et comprendre ce qui a conduit à cette mort particulièrement violente.
Le meurtre aurait été commis dans la nuit du 16 au 17 octobre, selon les premiers éléments rapportés par la presse. Robert Kabera se trouvait à Luwala, où il faisait construire une maison. C’est dans une plantation d’eucalyptus, à proximité du chantier, que son corps a été découvert.
Les circonstances de cette découverte soulèvent de nombreuses questions. Pourquoi l’ancien militaire a-t-il été tué avec une telle violence ? Son assassinat était-il lié à ses activités politiques ou à un autre différend ? À ce stade, aucune réponse définitive n’a été apportée.
Les enquêteurs ougandais cherchent à reconstituer les dernières heures de la victime. Selon les informations publiées, un chauffeur de moto-taxi qui l’aurait accompagné le soir de sa disparition figurait parmi les personnes recherchées dans le cadre des investigations.
Pour l’heure, les autorités n’ont pas officiellement établi le mobile du crime. Les recherches se poursuivent également pour retrouver la tête de Robert Kabera.
Surnommé « Major Robert », Robert Kabera avait servi dans l’armée rwandaise, notamment au sein de sa formation musicale. Son parcours a ensuite pris une autre direction, marquée par des tensions avec les autorités de son pays.
En novembre 2020, il a quitté le Rwanda pour s’installer en Ouganda. Il expliquait alors craindre pour sa sécurité et dénonçait ce qu’il considérait comme des poursuites à caractère politique.
Les autorités rwandaises avaient évoqué des accusations d’infraction sexuelle concernant un membre de sa famille. Robert Kabera contestait ces accusations, affirmant qu’elles étaient liées à des considérations politiques. Ces versions contradictoires doivent être distinguées des faits actuellement examinés par les enquêteurs ougandais.
Une fois en exil, il s’est progressivement imposé comme un critique du gouvernement de Paul Kagame. Sur sa chaîne YouTube, Major Robert TV, qui comptait plus de 140 000 abonnés, il publiait des vidéos dans lesquelles il dénonçait les actions du pouvoir rwandais et évoquait des violations présumées des droits humains.
Cette visibilité lui a permis de toucher un public important, mais l’a également placé au centre de controverses politiques sensibles.
La mort de Robert Kabera attire d’autant plus l’attention qu’il avait déjà fait état de problèmes de sécurité. En octobre 2023, il aurait été agressé par trois hommes à Kampala. Cet épisode avait renforcé ses inquiétudes concernant sa sécurité en Ouganda.
Plus récemment, en mai 2026, il aurait adressé un courrier aux autorités ougandaises pour demander à être relocalisé. Il y évoquait une insécurité persistante et des risques d’enlèvement.
Ces alertes prennent aujourd’hui une résonance particulière. Elles soulèvent la question de la protection dont bénéficient les opposants en exil lorsqu’ils disent craindre pour leur vie dans leur pays d’accueil.
Le frère de Robert Kabera accuse le gouvernement rwandais d’être impliqué dans sa mort et dénonce ce qu’il présente comme une campagne de persécution. Cependant, aucune preuve publique ne permet, à ce stade, d’attribuer officiellement le meurtre aux autorités de Kigali. Le mobile reste à établir et les accusations de la famille doivent encore être examinées à la lumière des résultats de l’enquête.
L’assassinat présumé de Robert Kabera ravive les préoccupations concernant la sécurité des dissidents rwandais vivant à l’étranger. D’autres affaires, notamment les meurtres de Charles Ingabire à Kampala en 2011 et de Patrick Karegeya à Johannesburg en 2014, ont déjà alimenté les inquiétudes autour des risques auxquels certains opposants peuvent être confrontés hors de leur pays.
Ces précédents donnent un contexte à l’affaire Kabera, mais ne permettent pas, à eux seuls, d’établir un lien entre ces différents crimes.
Pour le moment, les autorités rwandaises n’ont pas publiquement commenté la mort de l’ancien militaire. En Ouganda, les investigations doivent permettre de préciser les circonstances du meurtre, de retrouver la partie manquante du corps et d’identifier les responsables.
Derrière les prises de position politiques et les accusations, la famille attend des réponses sur les conditions dans lesquelles Robert Kabera a perdu la vie. La question centrale demeure entière : a-t-il été tué en raison de ses activités critiques envers le pouvoir rwandais, ou son assassinat répond-il à un autre mobile ? Seule une enquête approfondie pourra permettre de faire la lumière sur cette affaire.
