San-Pédro : quand les planteurs de cacao de la CADESA deviennent industriels

À San-Pédro, la coopérative CADESA a posé la première pierre de sa propre usine de transformation de cacao, un projet de 9,84 milliards FCFA qui créera 360 emplois directs et indirects
Il y a des moments qui ressemblent à un tournant, et celui-là en est un. Jeudi 23 juillet 2026, à Djirognepahio, plus de 4 000 producteurs de cacao réunis au sein de la coopérative CADESA ont posé la première pierre de leur propre usine de transformation. Un geste symbolique, mais surtout un signal fort : pour la première fois, ce ne sont plus des industriels venus d'ailleurs qui investissent dans la transformation du cacao ivoirien, mais les planteurs eux-mêmes qui décident de reprendre la main sur leur filière.
Pendant des décennies, les producteurs de cacao de San-Pédro ont vendu leurs fèves brutes, sans jamais toucher aux marges bien plus confortables générées en aval, une fois le cacao broyé, transformé, exporté sous forme de produits finis. Ce jeudi-là, un cap a été franchi. Soutenu par le Royaume des Pays-Bas dans le cadre du projet « CocoaTech Côte d'Ivoire », le chantier porté par CADESA Processing SA représente un investissement de 9,84 milliards de francs CFA, soit environ 15 millions d'euros. Les travaux doivent s'achever d'ici deux ans.
Une fois sortie de terre, l'usine transformera 15 000 tonnes de cacao par an, avec la possibilité de monter jusqu'à 30 000 tonnes. Masse, beurre, tourteau, poudre de cacao : autant de produits qui, jusqu'ici, échappaient à la valeur ajoutée locale et partaient sous forme de simples fèves, avant de revenir bien plus chers, transformés ailleurs.
Au-delà des chiffres de production, c'est aussi tout un tissu économique local qui devrait en profiter. Le projet prévoit la création de 110 emplois directs et de plus de 250 emplois indirects, soit 360 emplois au total, dans une région où San-Pédro reste le deuxième port du pays et l'un des principaux points de passage du cacao mondial.
Représentant le Ministre du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat, Kalil Konaté, le Directeur de cabinet adjoint Olivier Daipo a salué, lors de la cérémonie, un projet qui s'inscrit pleinement dans « la stratégie Nationale d'industrialisation portée par le Gouvernement » une manière de rappeler que cette initiative dépasse le seul cadre de la coopérative, pour s'inscrire dans une ambition plus large pour tout le pays.
Ce qui rend ce projet particulièrement solide, c'est son modèle intégré. L'usine ne dépendra d'aucun fournisseur extérieur : elle sera approvisionnée à 100 % par la coopérative CADESA elle-même, forte de 5 000 producteurs, dont 600 femmes, qui exploitent ensemble plus de 15 000 hectares déjà cartographiés. « De la production des fèves jusqu'à leur transformation, toute la chaîne de valeur sera intégrée et entièrement traçable », a insisté le représentant du Ministère un argument qui pèse lourd à l'heure où les marchés internationaux exigent toujours plus de garanties sur l'origine et la durabilité du cacao.
Pour Alfred Daba, président de la coopérative et désormais directeur général de CADESA Processing SA, cette première pierre n'est pas qu'un symbole. Elle porte, selon lui, trois ambitions bien concrètes : améliorer les revenus des producteurs, créer des emplois qualifiés, et faire vivre économiquement les communautés de San-Pédro.
Ce projet ne naît pas dans le vide. La Côte d'Ivoire produit chaque année entre 2 et 2,2 millions de tonnes de fèves de cacao près de 40 % de la production mondiale mais seule une part encore modeste, autour d'un tiers, est transformée sur place. Le reste part brut, laissant à d'autres le soin d'en tirer la plus grande valeur. En se lançant eux-mêmes dans l'industrie, les planteurs de la CADESA cherchent justement à inverser cette logique : rester maîtres, non seulement de la production, mais aussi de la transformation et, pour la première fois, récolter une part plus juste de la richesse que génère leur propre travail.
