Filière mangue : la Côte d'Ivoire tourne la page des pertes post-récolte

La gestion de la filière mangue, deuxième fruit d'exportation ivoirien (180 000 tonnes produites en 2024, 32 000 exportées), est désormais confiée au CCAK pour réduire jusqu'à 40 % de pertes post-récolte
C'est un changement qui pourrait passer inaperçu aux yeux du grand public, mais qui pèsera lourd pour des milliers de producteurs ivoiriens. La mangue, deuxième fruit d'exportation du pays, change officiellement de mode de régulation : sa gestion et son développement sont désormais confiés au Conseil du Coton, de l'Anacarde et du Karité (CCAK), qui élargit ainsi son champ d'action à une nouvelle filière.
C'est en Conseil des ministres, le mercredi 23 septembre 2026, sous la présidence d'Alassane Ouattara au Palais présidentiel d'Abidjan, que l'ordonnance actant cette réforme a été officiellement adoptée. Une décision qui ne sort pas de nulle part : elle étend à la mangue le champ d'application de la loi du 13 septembre 2013, un texte historique qui ne régissait jusqu'alors que la commercialisation du coton et de l'anacarde.
Derrière cette réorganisation administrative se cache un enjeu bien concret, presque douloureux pour le secteur : chaque année, jusqu'à 40 % de la production post-récolte serait tout simplement perdue. Les chiffres donnent la mesure du problème. En 2024, la Côte d'Ivoire premier exportateur ouest-africain de mangues et fournisseur clé de l'Union européenne a produit 180 000 tonnes de mangues, mais seulement 32 000 tonnes ont pris le chemin de l'Europe. Autrement dit, à peine 20 % de la production totale est exportée ; le reste finit sur le marché local, dans la sous-région, ou tout simplement perdu dans les champs, faute d'une chaîne suffisamment organisée entre les quelque six mille producteurs de la filière, les collecteurs et les acheteurs.
Un gâchis à la fois économique et humain, pour des paysans qui voient une partie de leurs efforts s'évaporer avant même d'être rémunérés. Et la marge de progression est réelle : sur le marché européen, la Côte d'Ivoire reste encore loin derrière les deux géants du secteur, le Brésil et le Pérou, qui écoulaient respectivement 141 000 et 125 000 tonnes en 2020, contre seulement 25 000 tonnes pour la mangue ivoirienne la même année.
En confiant les rênes de la filière au CCAK, les autorités ivoiriennes misent sur une expertise déjà rodée : celle d'un organisme qui a fait ses preuves dans l'encadrement d'autres cultures d'exportation majeures, coton et anacarde en tête. L'ambition est claire, même si le chemin promet d'être long : professionnaliser chaque maillon de la chaîne, de la récolte à la commercialisation, pour que la mangue ivoirienne cesse de perdre en route près de la moitié de sa valeur, et gagne enfin des parts de marché face à ses concurrents sud-américains.
