Forum économique Côte d'Ivoire-Allemagne : Abidjan mise sur l'industrialisation

Abidjan et Berlin veulent tourner la page du simple commerce. Réunis pour un forum économique, les deux pays affichent l'ambition de faire de leurs 950 milliards de FCFA d'échanges annuels le socle d'un vrai partenariat industriel, autour de l'agro-industrie et du transfert de savoir-faire
C'est à l'auditorium de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Côte d'Ivoire (CCI-CI), au Plateau, que s'est tenu, mardi 8 septembre 2026, le Forum économique Côte d'Ivoire-Allemagne. Co-organisé avec l'ambassade de Côte d'Ivoire en Allemagne, l'événement affichait une ambition claire : sortir de la simple logique commerciale pour bâtir un véritable partenariat industriel et technologique entre les deux pays.
Pour comprendre l'enjeu, il suffit de regarder les chiffres présentés à cette occasion par le président de la CCI-CI, Touré Faman. En 2025, les échanges entre Abidjan et Berlin ont atteint 950 milliards de FCFA, soit environ 1,68 milliard de dollars. Un volume conséquent, mais qui cache un déséquilibre structurel que les deux nations cherchent désormais à corriger. D'un côté, les exportations ivoiriennes vers l'Allemagne s'élèvent à 670 milliards de FCFA, portées presque exclusivement par des matières premières brutes : cacao, caoutchouc, amandes de cajou, mangues. De l'autre, les importations en provenance d'Allemagne, plafonnées à 280 milliards de FCFA, concernent des biens à forte valeur ajoutée machines, équipements industriels, véhicules, produits chimiques et pharmaceutiques.
Ce déséquilibre est précisément ce que le forum entendait mettre sur la table. Le défi, pour les opérateurs économiques des deux pays, consiste à amorcer un virage historique : ne plus se contenter de vendre des produits bruts, mais transformer localement. Les discussions ont ainsi ciblé plusieurs secteurs jugés stratégiques, à commencer par l'agro-industrie, avec en ligne de mire l'industrialisation des chaînes de valeur du cacao et de l'anacarde. Le transfert de compétences et de technologies vers les PME ivoiriennes figurait également parmi les priorités, tout comme les infrastructures d'avenir énergie, gestion de l'eau, assainissement, logistique. Une orientation qui rejoint directement les objectifs du Plan National de Développement (PND 2026-2030), lequel mise justement sur la création de pôles industriels durables.
Pour structurer ces échanges, le forum s'est organisé autour de deux panels. Le premier s'est penché sur les grands projets prioritaires portés par l'État ivoirien pour attirer les investisseurs allemands, en passant en revue l'agriculture et sa transformation locale, la santé, les infrastructures, les transports, ainsi que la transition énergétique, hydrique et sanitaire. Le second panel, lui, avait une vocation plus pratique : rassurer les opérateurs allemands sur l'environnement des affaires en Côte d'Ivoire. Les échanges ont porté sur les procédures de passation des marchés publics et la transparence qui les entoure, sur les mécanismes d'accès au marché et aux services financiers, ainsi que sur la fiscalité applicable aux entreprises dans le pays.
