Coton ivoirien : la filière mise sur la recherche pour retrouver son élan

Un atelier ouvert le 8 septembre 2026 à Yamoussoukro réunit producteurs, chercheurs et industriels pour renforcer la compétitivité de la filière coton. Prix garantis, subvention exceptionnelle de 25,3 milliards de FCFA : la Côte d'Ivoire veut faire de son « or blanc » un véritable levier industriel
À Yamoussoukro, on parle rarement d'une seule voix quand il s'agit du coton. Producteurs, chercheurs, industriels, représentants de l'État : chacun porte ses propres urgences. Mardi 8 septembre 2026, ces mondes se sont pourtant retrouvés autour de la même table, à l'ouverture d'un atelier consacré à l'avenir de la filière. Plus de soixante-dix personnes ont fait le déplacement, parmi lesquelles des représentants de l'Interprofession de la filière coton (INTERCOTON), du Centre national de recherche agronomique (CNRA) et du Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (FIRCA).
L'enjeu tient en une phrase : remettre à plat les priorités de recherche pour que la filière tienne, et même progresse, face à un contexte de plus en plus difficile. Concrètement, il s'agit de moderniser les pratiques de production, de mieux résister aux dérèglements climatiques et aux contraintes industrielles, et de transformer davantage de coton sur place plutôt que de l'exporter brut.
Une année en dents de scie, mais pas sans espoir
Le bilan de la campagne 2024-2025 n'a rien d'un long fleuve tranquille. Les volumes globaux ont reculé, plombés par des aléas climatiques et par les jassides, ces petits insectes qui s'attaquent aux plants et découragent plus d'un producteur. Mais il y a aussi une bonne nouvelle, et elle n'est pas anodine : le rendement à l'hectare, lui, s'est nettement amélioré. Preuve que le travail de recherche mené ces dernières années commence à porter ses fruits, même quand tout le reste semble jouer contre la filière.
Des prix maintenus, un coup de pouce inédit de l'État
Sur le terrain, c'est souvent le prix d'achat qui fait la différence entre une bonne et une mauvaise saison. Pour la campagne 2025-2026, le ministre d'État, ministre de l'Agriculture, Kobenan Kouassi Adjoumani, a choisi la stabilité en reconduisant les tarifs de la campagne précédente :
1er choix : 310 FCFA/kg
2e choix : 285 FCFA/kg
Mais maintenir ces prix a un coût, surtout quand les intrants agricoles ne cessent de grimper. Pour éviter que la facture ne retombe sur les producteurs, l'État a débloqué une subvention présidentielle exceptionnelle de 25,3 milliards de FCFA. Sur le terrain, cela se traduit par une aide directe de 44 FCFA par kilo de coton graine et de 18 000 FCFA par hectare un geste qui vise autant à sécuriser les revenus des familles qu'à tenir le cap fixé pour 2030 : atteindre 600 000 tonnes de production nationale.
Le vrai défi : transformer le coton chez soi
C'est là que le bât blesse. Aujourd'hui, plus de 90 % du coton ivoirien part encore à l'étranger sous forme brute, essentiellement vers l'Asie. Autrement dit, le pays cultive, récolte, égrène puis laisse à d'autres le soin de tisser, filer et gagner l'essentiel de la valeur ajoutée.
Capacité industrielle installée Filature/tissage : 26 000 t/an Renforcée par de nouveaux capitaux, notamment chinois
Pour changer la donne, le pays mise sur le Centre de promotion des investissements en Côte d'Ivoire (CEPICI), chargé d'attirer les investisseurs vers la filature, le tissage et l'ennoblissement. L'idée est simple : garder chez soi la valeur et les emplois qui aujourd'hui échappent au pays.
Derrière les chiffres, des vies
On l'oublie parfois derrière les tonnages et les pourcentages, mais le coton, c'est avant tout près de 3,5 millions de personnes qui en vivent en zone rurale. C'est sans doute ce qui explique pourquoi l'État continue d'investir aussi massivement dans cette filière, malgré les difficultés : derrière chaque hectare cultivé, il y a une famille dont le revenu dépend directement de ces décisions.
Entre soutien financier, recherche agronomique et ambition industrielle, la Côte d'Ivoire tente un pari : ne plus se contenter de produire la matière première, mais devenir un véritable acteur de sa transformation. Un chantier de longue haleine, mais dont les premiers signes comme cette hausse des rendements malgré une année difficile laissent entrevoir que la trajectoire est possible.
