Culture

Quand les femmes se lèvent, les choses peuvent changer : de Maricarmen Abascal à Marie Koré

Par ESSOH EmmanuelLe jeudi 1 octobre 2026 à 12:15
Quand les femmes se lèvent, les choses peuvent changer : de Maricarmen Abascal à Marie Koré

De Maricarmen Abascal à Rosa Parks, en passant par Marie Koré, Wangari Maathai et Malala, des femmes ont montré que le courage individuel peut devenir une force de changement collectif

À 87 ans, Maricarmen Abascal pensait sans doute finir ses jours dans l’appartement qu’elle occupait depuis près de 70 ans, dans le très chic quartier du Retiro, à Madrid. Mais le mercredi 23 septembre 2026, la vieille dame espagnole a été expulsée de son logement.

Son histoire aurait pu rester celle d’une retraitée confrontée à une crise du logement devenue particulièrement brutale en Espagne. Elle est pourtant devenue bien plus que cela : le visage d’une colère collective et le symbole d’une société qui refuse de rester silencieuse face à l’injustice.

Quelques jours plus tard, le gouvernement espagnol a approuvé, ce mardi 29 septembre, un ensemble de mesures d’urgence présenté dans le débat public sous le nom de « décret Maricarmen ». Une réponse politique intervenue dans un contexte de forte mobilisation, notamment à Madrid, où des manifestants ont installé des tentes sur la Puerta del Sol pour dénoncer la crise du logement.

L’histoire de Maricarmen rappelle une chose essentielle : le changement commence parfois avec une seule histoire, une seule voix, un seul refus de se résigner.

Et lorsqu’elles décident de se lever, les femmes ont souvent montré qu’elles pouvaient transformer cette voix en mouvement.

En décembre 1949, des milliers de femmes quittent Abidjan pour marcher en direction de Grand-Bassam. Leur revendication est claire : obtenir la libération de responsables politiques africains emprisonnés par l'administration coloniale française.

Cette marche reste l’un des épisodes marquants de la lutte anticoloniale en Côte d’Ivoire.

Parmi les figures associées à cette mobilisation, Marie Koré occupe une place particulière. Arrêtée, brutalisée et emprisonnée, elle devient au fil du temps l’un des symboles de la résistance féminine ivoirienne face au système colonial.

À ses côtés, Anne-Marie Raggi participe à la mobilisation et à l’organisation des femmes engagées dans cette lutte.

Elles n’avaient ni les moyens militaires ni les leviers institutionnels du pouvoir. Elles avaient cependant quelque chose de redoutablement puissant : leur détermination à dire non.

Quelques années plus tard, de l’autre côté de l’Atlantique, une autre femme allait démontrer la force que peut avoir un geste apparemment ordinaire.

En 1955, à Montgomery, aux États-Unis, Rosa Parks refuse de céder son siège à un passager blanc dans un bus soumis aux règles de ségrégation raciale.

Son arrestation provoque une mobilisation historique et contribue au lancement du boycott des bus de Montgomery.

Mais l’histoire ne doit pas faire oublier Claudette Colvin. Neuf mois avant Rosa Parks, alors qu’elle n’a que 15 ans, cette adolescente noire avait elle aussi refusé de céder sa place dans un bus ségrégué. Son cas sera ensuite utilisé dans les batailles judiciaires contre la ségrégation.

Et il y avait aussi Dorothy Height, figure majeure du mouvement des droits civiques et du combat pour les droits des femmes afro-américaines, qui a joué un rôle important dans l'organisation de la Marche sur Washington de 1963.

Trois femmes, trois parcours différents, mais une même leçon : lorsqu'une femme décide de ne plus accepter l'inacceptable, son choix peut dépasser sa propre histoire.

Cette capacité à faire bouger les lignes ne s’est pas arrêtée aux combats du XXe siècle.

Au Kenya, Wangari Maathai a transformé une initiative environnementale en un vaste mouvement associant écologie, droits des femmes et démocratie. En 2004, elle devient la première femme africaine à recevoir le prix Nobel de la paix.

Au Liberia, Ellen Johnson Sirleaf franchit en 2006 une autre frontière historique en devenant la première femme élue au suffrage universel à la présidence d’un État africain. Son parcours est ensuite consacré par le prix Nobel de la paix en 2011.

Et puis il y a Malala Yousafzai. Une jeune fille qui, au Pakistan, a refusé de renoncer au droit des filles à l'éducation. Victime d'une tentative d'assassinat, elle transforme cette épreuve en combat mondial et devient, en 2014, la plus jeune lauréate du prix Nobel de la paix.

De Madrid à Grand-Bassam, de Montgomery à Nairobi, Monrovia ou la vallée de Swat, les contextes sont différents. Les combats aussi.

Mais un même fil rouge traverse ces histoires : le changement n’attend pas toujours qu’une institution décide de commencer. Il peut naître d’une femme qui refuse de se taire, d’accepter ou de détourner le regard.

Maricarmen Abascal n’a peut-être jamais demandé à devenir un symbole. Rosa Parks non plus. Marie Koré encore moins.

Pourtant, leurs histoires ont dépassé leur propre destin.

C’est peut-être là l’une des plus grandes forces des femmes dans les grandes transformations sociales : quand elles décident de se lever, leur combat peut devenir celui de toute une société.

Et parfois, il suffit d’une marche, d’un siège refusé, d’une parole ou d’un simple « non » pour commencer à changer les choses.