Badu Bonsu II : le roi africain dont la tête a passé 171 ans en exil aux Pays-Bas

Roi du peuple Ahanta au Ghana, Badu Bonsu II a été exécuté en 1838 après avoir résisté à la domination néerlandaise. Sa tête, conservée dans un laboratoire aux Pays-Bas, a été restituée à son pays en 2009, après 171 ans d’exil
Pendue en 1838 après avoir résisté à la domination néerlandaise, la dépouille du roi Badu Bonsu II a connu un destin tragique. Sa tête, conservée pendant plus d’un siècle dans un laboratoire aux Pays-Bas, n’a été restituée au Ghana qu’en 2009.
L’histoire de Badu Bonsu II est celle d’un souverain africain qui a défié une puissance coloniale, mais aussi celle d’une mémoire longtemps privée de sépulture. Roi du peuple Ahanta, installé dans l’actuel Ghana, alors appelé Côte-de-l’Or, il est resté dans les mémoires pour sa résistance aux autorités néerlandaises et le sort réservé à sa dépouille après son exécution.
Nommé chef suprême vers 1830, Badu Bonsu II s’oppose à l’influence politique et économique des Pays-Bas dans son royaume. En 1837, les tensions s’aggravent après un différend impliquant des émissaires néerlandais. Le souverain fait exécuter deux officiers, dont Hendrik Tonneboeijer, gouverneur par intérim.
La réaction des autorités coloniales est militaire. Une expédition est lancée contre le royaume ahanta, qui est envahi et pillé. Capturé après avoir perdu des soutiens locaux, Badu Bonsu II est jugé puis pendu le 27 juillet 1838.
Mais sa mort ne marque pas la fin de cette histoire. Après son exécution, le roi est décapité et sa tête est emportée aux Pays-Bas. Elle est destinée à des études anthropologiques, dans un contexte colonial où des chercheurs tentaient notamment de justifier des théories raciales aujourd’hui discréditées.
La tête du souverain est finalement conservée dans un bocal de formol au Centre médical de l’université de Leyde. Pendant des décennies, elle demeure loin de sa terre d’origine et de son peuple.
En 1997, l’écrivain néerlandais Arthur Japin la redécouvre au cours de recherches menées pour un roman. Cette découverte contribue à faire connaître l’histoire du roi et à relancer les demandes de restitution.
Le gouvernement ghanéen et les représentants du peuple Ahanta réclament alors le retour de la dépouille. Pour eux, il ne s’agit pas seulement de récupérer un vestige historique, mais aussi de rendre au souverain sa dignité et de permettre à son peuple de lui offrir des funérailles conformes à ses traditions.
Le 23 juillet 2009, après un accord officiel conclu à La Haye, la tête de Badu Bonsu II est restituée au Ghana lors d’une cérémonie traditionnelle.
Cent soixante et onze ans après son exécution, le retour du roi sur sa terre natale symbolise ainsi bien davantage qu’une restitution matérielle : il rappelle les blessures laissées par la colonisation et l’importance, pour les peuples africains, de retrouver la maîtrise de leur histoire et de leur mémoire.
