Actualités

Filière cacao : entre ambition industrielle et fuite vers le Ghana, la Côte d’Ivoire resserre les rangs

Par Stan ADJELe mercredi 7 octobre 2026 à 17:49
Filière cacao : entre ambition industrielle et fuite vers le Ghana, la Côte d’Ivoire resserre les rangs

Alors que la Côte d’Ivoire cherche à sécuriser durablement sa production de cacao, le Conseil du Café-Cacao et Barry Callebaut veulent renforcer leur partenariat autour de la recherche, de la traçabilité et de la durabilité. En parallèle, l’interception de plus de 42 tonnes de fèves destinées au Ghana ravive les inquiétudes sur les sorties frauduleuses de cacao.

La rencontre du 6 octobre 2026 entre le directeur général du Conseil du Café-Cacao, Koné Brahima Yves, et le PDG de Barry Callebaut, Hein Schumacher, intervient dans un contexte où la première puissance cacaoyère mondiale doit relever plusieurs défis simultanément : maintenir son niveau de production, protéger les revenus des producteurs, répondre aux exigences croissantes de traçabilité et assurer l’approvisionnement de l’industrie.

Au siège de la Caistab, à Abidjan, le responsable ivoirien a placé la recherche au cœur des priorités. La création prochaine d’un institut de recherche consacré au café et au cacao, sous le statut d’une fondation, doit notamment permettre de développer des plants plus résistants aux maladies, dont le swollen shoot, mais aussi aux effets du changement climatique.

Pour le Conseil du Café-Cacao, l’enjeu dépasse la seule recherche agronomique. Il s’agit aussi de sécuriser l’avenir d’une filière dont dépend une part importante de l’économie ivoirienne. L’appel à davantage d’investissements privés dans la recherche a reçu un accueil favorable de Barry Callebaut, qui a indiqué vouloir accompagner cette nouvelle orientation.

Le groupe suisse a également salué le déploiement du Système national de traçabilité. Hein Schumacher s’est dit particulièrement impressionné par sa mise en œuvre et a annoncé l’objectif d’utiliser ce dispositif pour la totalité des achats de fèves du groupe à court terme.

Cette question de la traçabilité prend une importance particulière à l’heure où la filière doit davantage documenter l’origine des fèves et répondre aux exigences internationales en matière de durabilité. Barry Callebaut met pour sa part en avant son programme Cocoa Horizons, qui vise notamment à améliorer la productivité et les revenus des producteurs.

Mais derrière les engagements affichés se pose une autre question : comment faire en sorte que la valeur créée par la filière bénéficie davantage aux producteurs et que les fèves restent dans le circuit officiel ivoirien ?

La rencontre entre Hein Schumacher et le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a précisément permis d’aborder cette dimension. Le gouvernement a insisté sur la nécessité de renforcer la durabilité de la chaîne d’approvisionnement, l’agroforesterie, la lutte contre le travail des enfants et l’amélioration des conditions de vie des producteurs.

Le ministre a également mis l’accent sur la question du prix payé aux planteurs et sur la nécessité de respecter les mécanismes de prix. Il a parallèlement réaffirmé l’ambition de la Côte d’Ivoire d’accélérer la transformation locale du cacao afin de créer davantage de valeur sur le territoire national.

Cette volonté de mieux contrôler la chaîne de valeur intervient alors qu’un autre phénomène inquiète dans l’est du pays. Dans la nuit du 4 octobre, les forces de défense et de sécurité ont intercepté à Ebilassokro, dans le département d’Abengourou, 492 sacs de cacao représentant 42,216 tonnes, pour une valeur estimée à 50 millions de FCFA. La cargaison était transportée par trois camions qui se dirigeaient vers la frontière ghanéenne. Selon les autorités, un camion aurait réussi à franchir la frontière, tandis qu’un autre a été accidenté et qu’un troisième est resté en Côte d’Ivoire. Les conducteurs et leurs apprentis ont pris la fuite.

Quelques jours plus tard, des sociétés coopératives de l’Indénié-Djuablin ont alerté sur des achats directs auprès de producteurs à des prix supérieurs à 1 200 FCFA le kilogramme, estimant que cette situation pourrait favoriser la sortie d’une partie de la production vers le Ghana. Le préfet de la région a, en réaction, appelé à une tolérance zéro contre les sorties frauduleuses de cacao et de café.

Ces faits donnent une résonance particulière aux discussions sur la traçabilité. Depuis octobre 2024, le dispositif « Verrou 322 » vise justement à renforcer la lutte contre la sortie frauduleuse des produits agricoles.

Présent en Côte d’Ivoire depuis 1964 à travers la Société africaine de cacao (SACO), Barry Callebaut occupe aujourd’hui une place importante dans l’écosystème national, avec des activités de broyage à Abidjan et San-Pédro ainsi qu’une chocolaterie à Marcory.

La prochaine étape sera donc déterminante. Entre la nécessité de garantir l’approvisionnement des industriels, d’améliorer les revenus des planteurs, de développer la transformation locale et de lutter contre les circuits parallèles, la Côte d’Ivoire doit désormais transformer les engagements annoncés en résultats mesurables. L’enjeu n’est plus seulement de produire davantage de cacao, mais de mieux maîtriser où il est produit, comment il est commercialisé et quelle valeur il rapporte à ceux qui le cultivent.