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Djédjé Mady n'est plus : la Côte d'Ivoire perd un homme de conviction

Par ESSOH EmmanuelLe samedi 29 août 2026 à 10:25
Djédjé Mady n'est plus : la Côte d'Ivoire perd un homme de conviction

Le professeur Alphonse Djédjé Mady, ancien ministre de la Santé et vice-président du PDCI-RDA, s'est éteint dimanche 23 août 2026 à Abidjan, à l'âge de 81 ans, après plus de quarante ans de vie publique

Le monde politique ivoirien est en deuil. Le professeur Alphonse Djédjé Mady, figure historique du PDCI-RDA, s'est éteint ce dimanche 23 août 2026 à Abidjan, à l'âge de 81 ans. Avec sa disparition, c'est toute une génération de bâtisseurs de la Côte d'Ivoire indépendante qui continue de s'effacer, laissant derrière elle le souvenir d'un engagement sans faille.

Un médecin au service de l'État

Né en 1945 à Gazehio, un village du centre-ouest ivoirien, Alphonse Djédjé Mady n'était pas destiné, au départ, à la politique. Médecin urologue de formation, c'est d'abord dans les hôpitaux qu'il fait ses armes avant de rejoindre les rangs de l'État. Repéré très jeune par Félix Houphouët-Boigny, il n'a que 35 ans lorsqu'il est chargé de prononcer le discours de clôture du 7ᵉ congrès du PDCI, en 1980. L'année suivante, il entre au gouvernement comme Ministre de la Santé Publique, un portefeuille qu'il conservera pendant huit années, jusqu'en 1989, marquant cette période par plusieurs réformes du secteur hospitalier.

Un enracinement politique de plusieurs décennies

Si sa carrière Ministérielle s'arrête à la fin des années 1980, son engagement politique, lui, ne faiblira jamais. Djédjé Mady bâtit patiemment son ancrage électoral dans l'Ouest ivoirien, en particulier dans sa région natale du Haut-Sassandra. Élu député des circonscriptions de Nahio et Saïoua, il conservera ce mandat pendant plus de quarante ans, devenant l'une des figures les plus solidement implantées de la région. Il présidera également le Conseil régional du Haut-Sassandra pendant une décennie, de 2013 à 2023.

Au sein du PDCI-RDA, son ascension se poursuit après la crise politique du début des années 2000 : il devient secrétaire général du parti en 2002, une fonction qu'il occupera jusqu'en 2013. Cette année-là, il ose défier Henri Konan Bédié pour la présidence du parti, porteur d'un discours de renouvellement. Il perd ce combat, mais refuse la rupture. Plutôt que de claquer la porte ou de créer une dissidence, comme d'autres l'ont fait avant ou après lui, il choisit de rester fidèle à la maison politique héritée d'Houphouët-Boigny. Cette loyauté, jusqu'au bout, restera l'une des marques de son parcours. Il en deviendra plus tard vice-président.

Les hommages d'une classe politique unie dans le deuil

L'annonce de sa mort a immédiatement provoqué une vague d'hommages, toutes tendances confondues. Du côté du pouvoir, Mamadou Touré, ministre de la Promotion de la jeunesse et porte-parole adjoint du RHDP, a salué la mémoire d'un homme d'expérience et de convictions, qui restera une figure importante de l'histoire nationale.

Au sein même du PDCI, l'émotion est plus vive encore. L'ancienne députée Yasmina Ouégnin, qui a siégé à ses côtés à l'Assemblée nationale durant quinze ans, s'est dite profondément affectée par cette perte. Pour elle, Djédjé Mady n'était ni un homme de bruit ni de posture, mais un homme de devoir, de parole et de conviction. Elle le décrit comme un mentor qui l'a beaucoup appris, et pour qui, au-delà du simple militant, c'est un véritable homme d'État qui disparaît.

Un dernier chapitre marqué par la discrétion

Sa dernière bataille électorale, en décembre 2025, s'est soldée par une défaite face à un cadre du RHDP dans sa propre région. Mais fidèle à son tempérament, il aura encaissé ce revers sans esclat, comme il avait su le faire des années plus tôt après sa défaite face à Bédié. C'est peut-être cette capacité à perdre sans jamais se dresser contre son camp qui restera, pour beaucoup, la marque la plus durable de son parcours : celle d'un homme qui a toujours préféré le service à l'éclat, et la fidélité à la rupture.

Sa disparition survient dans une année déjà endeuillée par la perte d'autres figures politiques du Haut-Sassandra, rappelant combien cette région continue de payer un lourd tribut à la scène politique ivoirienne.

Alphonse Djédjé Mady laisse derrière lui plus de quarante ans de vie publique, entre médecine, enseignement et politique, et l'image d'un homme resté, jusqu'au bout, fidèle à ses engagements.