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Côte d’Ivoire : déficit budgétaire de 2 210 milliards FCFA en 2025, la Cour des comptes alerte sur des failles de gestion

Par ESSOH EmmanuelLe jeudi 29 octobre 2026 à 13:03
Côte d’Ivoire : déficit budgétaire de 2 210 milliards FCFA en 2025, la Cour des comptes alerte sur des failles de gestion

La Cour des comptes de Côte d’Ivoire a révélé un déficit budgétaire de 2 210 milliards de FCFA pour l’exercice 2025. Son rapport met également en évidence des irrégularités dans la gestion des finances publiques et une dette publique de 33 159 milliards de FCFA

Les finances publiques ivoiriennes sont au cœur des préoccupations après la présentation des conclusions du contrôle de l’exécution du budget de l’État pour l’année 2025. Devant l’Assemblée nationale, le mercredi 28 octobre 2026, le président de la Cour des comptes, Kanvaly Diomandé, a révélé un déficit budgétaire estimé entre 2 208 et 2 210 milliards de FCFA. Si l’excédent de trésorerie enregistré sur la même période a permis de couvrir ce déficit et de dégager un solde global positif, le rapport met également en évidence plusieurs insuffisances dans la gestion des ressources publiques.

Derrière ces chiffres, une question essentielle se pose : comment expliquer un déficit aussi important alors que les comptes font parallèlement ressortir un excédent de trésorerie ? Les conclusions de la Cour des comptes apportent des éléments de réponse et soulignent la nécessité de renforcer la transparence dans la gestion des finances de l’État.

Pour l’exercice 2025, le budget de l’État avait été initialement fixé à 15 339 milliards de FCFA. Il a ensuite été réajusté à 15 464 milliards de FCFA afin de prendre en compte les évolutions intervenues au cours de l’année.

Cette enveloppe devait permettre à l’État de financer ses différentes missions, notamment les investissements publics, les infrastructures, l’éducation, la santé, la sécurité et le fonctionnement des administrations.

Toutefois, au terme du contrôle de son exécution, la Cour des comptes a constaté un déficit budgétaire compris entre 2 208 et 2 210 milliards de FCFA. Cette situation s’explique notamment par les écarts entre les recettes attendues et les montants effectivement mobilisés.

Concrètement, un déficit budgétaire signifie que, selon le périmètre comptable retenu, les dépenses de l’État dépassent les recettes disponibles pour les couvrir sur la période considérée. Les ressources collectées, qu’elles proviennent des impôts, des taxes ou d’autres recettes publiques, n’ont donc pas permis d’atteindre l’équilibre budgétaire prévu.

Pour mieux comprendre, lorsqu’un État prévoit de percevoir un certain montant de recettes pour financer ses dépenses, mais que les sommes réellement encaissées sont insuffisantes, un besoin de financement apparaît. Il peut alors être nécessaire de recourir à l’emprunt ou à d’autres ressources pour honorer les engagements pris.

Un déficit de cette ampleur ne signifie pas automatiquement que l’État est incapable de payer ses fonctionnaires ou ses fournisseurs. Il traduit néanmoins un déséquilibre qui mérite une attention particulière, notamment parce qu’il peut accroître les besoins de financement et peser sur les budgets futurs.

À première vue, les chiffres présentés par la Cour des comptes peuvent sembler contradictoires. D’un côté, le déficit budgétaire approche les 2 210 milliards de FCFA. De l’autre, un excédent de trésorerie de 2 579 milliards de FCFA est enregistré.

Selon les données communiquées, cet excédent a permis d’absorber entièrement le déficit et de dégager un solde global positif de 369 milliards de FCFA.

Pour comprendre cette situation, il faut distinguer le budget de l’État de sa trésorerie. Le premier permet de suivre les recettes et les dépenses budgétaires, tandis que la seconde concerne les disponibilités et les flux financiers qui permettent notamment d’assurer les paiements.

Un État peut ainsi présenter un déficit budgétaire tout en disposant de ressources de trésorerie suffisantes pour couvrir le besoin constaté. C’est ce qui ressort des chiffres présentés pour l’exercice 2025.

Les 2 579 milliards de FCFA d’excédent de trésorerie ont donc permis de compenser le déficit annoncé, laissant un solde global positif de 369 milliards de FCFA.

Ce résultat apporte une nuance importante à l’analyse des finances publiques. Toutefois, il ne signifie pas que toutes les difficultés sont résolues. Un solde global positif ne fait pas disparaître les écarts entre les prévisions et les réalisations, ni les éventuelles faiblesses dans les procédures de gestion.

Autre indicateur à surveiller : l’évolution de la dette publique. À la fin de l’année 2025, celle-ci s’établissait à 33 159 milliards de FCFA, contre 31 416 milliards de FCFA un an plus tôt. Elle représentait 57,8 % du produit intérieur brut (PIB).

En valeur absolue, la dette a ainsi augmenté de 1 743 milliards de FCFA entre 2024 et 2025.

L’endettement constitue un instrument de financement auquel les États peuvent recourir pour réaliser des infrastructures, soutenir l’économie ou répondre à certains besoins de financement. Il ne représente donc pas nécessairement un signe de mauvaise gestion. Tout dépend notamment de l’utilisation des fonds empruntés, du coût des financements et de la capacité du pays à rembourser ses engagements.

Cependant, lorsque la dette progresse, le remboursement du capital et le paiement des intérêts prennent une importance croissante dans les budgets. Si ces charges augmentent fortement, elles peuvent réduire les marges de manœuvre dont dispose l’État pour financer d’autres priorités. 

Dans ce contexte, la maîtrise des dépenses, l’amélioration du recouvrement des recettes et la qualité de la gestion budgétaire deviennent des enjeux majeurs.

Au-delà des montants, le rapport présenté par Kanvaly Diomandé met en lumière plusieurs faiblesses dans le fonctionnement des procédures budgétaires.

La Cour des comptes a notamment relevé des divergences entre les chiffres des modifications budgétaires transmis par les ministères techniques et ceux communiqués par le ministère des Finances. Ces incohérences compliquent le suivi de l’exécution du budget et rendent plus difficile la vérification des opérations réalisées.

L’institution a également pointé certaines pratiques budgétaires non conformes aux procédures habituelles. Il s’agit notamment du recours récurrent aux lettres d’avance pour modifier les crédits, d’ajustements effectués hors des délais prévus après la clôture de l’exercice et de l’absence de certains décrets de transfert.

Ces observations rappellent que la gestion de l’argent public ne repose pas uniquement sur la disponibilité des ressources. Elle exige également le respect des règles qui encadrent leur utilisation. Chaque modification de crédit doit pouvoir être justifiée, documentée et contrôlée.

Autre difficulté signalée : les insuffisances dans la mobilisation des recettes extérieures et les lacunes relevées dans les pièces justificatives de certaines créances publiques détenues sur des entreprises, notamment la Société ivoirienne de construction et de gestion immobilière (Sicogi).

Le recouvrement de ces créances est important, car les sommes dues à l’État représentent des ressources susceptibles de contribuer au financement des politiques publiques. Lorsque les dossiers sont incomplets ou que les procédures de recouvrement présentent des faiblesses, la mobilisation de ces ressources peut devenir plus difficile.

Dans ses conclusions, la Cour des comptes a déclaré conformes les comptes de l’administration sous réserve de vérifications ultérieures. Cette appréciation ne signifie toutefois pas que toutes les opérations ont été exemptes de difficultés, puisque plusieurs insuffisances ont été relevées au cours du contrôle.

Kanvaly Diomandé a ainsi insisté sur la nécessité de renforcer la transparence, d’améliorer la coordination entre les ministères et de faire respecter plus rigoureusement les procédures comptables.

L’objectif est de disposer de données financières fiables, de mieux anticiper les besoins de financement et de garantir un suivi plus efficace de l’utilisation des ressources de l’État.